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Tintin et cie
Par chris, le 27/3/2008
Notre ami Richard Langlois nous fait part de sa lecture de l'ouvrage de Michael Farr parue aux Éditions Moulinsart.
Nous somme toujours en bonne compagnie avec Michael Farr, confrère et complice du reporter Tintin, tous les deux journalistes. En tant qu’écrivain et traducteur, il a consacré quelques livres à Hergé qu’il a rencontré à Bruxelles. Après l’ouvrage paru en 2001, TINTIN,
LE RÊVE ET LA RÉALITÉ, qui affermit le succès du plus célèbre héros de notre temps, il récidive en s’attardant sur douze des personnages les plus marquants et les plus expressifs de la famille de papier d’Hergé. Il met vraiment en lumière les satellites qui font briller le héros solaire que représente Tintin.
Farr nous signale avec justesse que cent ans avant qu’Hergé imagine son univers, Balzac avec sa Comédie humaine, réalisa l’importance de créer des personnages récurrents, donnant de la cohérence et de la continuité à son oeuvre, tout en maintenant l’intérêt des lecteurs. En plus des protagonistes habituels, Hergé développa un nombre record de personnages familiers et inoubliables, d’Abdallha à Zorrino. Tintin, le héros et la vedette de la série qui porte son nom, ouvre le parcours analytique. On revoit avec un sincère intérêt les grandes qualités de notre héros sans famille et sans âge. Farr s’attarde méthodiquement sur les influences littéraires, graphiques et celles venant de l’entourage immédiat d’Hergé; en particulier sur le rôle de son frère cadet, Paul Remi. Journaliste d’investigation, Tintin se transforme vite en détective. Comme Sherlock Holmes qui affronte Moriarty, il trouvera son ennemi juré avec Rastapopoulos. Plusieurs exemples nous montrent comment Tintin résume la mémoire historique et sociale du XXe siècle.
Son fidèle compagnon des premiers jours, Milou, a lui aussi connu des sources d’inspirations personnelles pour devenir une vedette à part entière avec ses qualités et ses défauts. Le capitaine Haddock, avec son sale caractère viendra remplacer le rôle de faire-valoir et de confident que jouait Milou pour Tintin. Haddock est attachant à plusieurs égards, entre autres comme poète de l’invective; c’est le Prévert du 9e art. Quinze ans après le début des aventures, Tournesol, le savant visionnaire, distrait et avec une surdité sélective fait son apparition. Cet inventeur passionné de radiesthésie,inspiré de l’éminent savant suisse Auguste Picard, complétera l’indissociable trio des principaux protagonistes.
Les Dupondt, à titre de second rôle sont présents dans vingt des albums, alors que Haddock ne figure que dans seize albums. Excessivement naïfs, maladroits et remplis d’eux-mêmes, ces derniers nous offrent un comique de situation basé sur la mécanique du rire et digne des plus grands classiques du cinéma muet. La seule femme à tenir la vedette dans cet univers masculin sera Bianca Castafiore, une diva que l’on compare avec d’autres divas très connues, telle Maria Callas. Certains personnages vont changer à tout jamais la réalité et la fiction; l’exemple le plus frappant et le plus touchant est celui de Tchang Tchong-Jen. Il fut une source intarissable pour la documentation du LOTUS BLEU et devenir par la suite un ami précieux, sans lequel Hergé n’aurait pas développé avec autant de force sa ligne claire, ni approfondi sa recherche intérieure grâce au taoïsme et ni étoffé le thème de l’amitié sans frontière.
D’autres personnages, plus secondaires, tel le garnement insolent et incorrigible du nom d’Abdallha ont joué un rôle insoupçonné. Pour donner vie à cet enfant espiègle, Hergé a réuni une impressionnante documentation sur le monde arabe. Avec l’apparition du casse-pieds rondouillard Séraphin Lampion dans L’AFFAIRE TOURNESOL, Hergé pousse à l’extrême le comportement d’un prototype du mauvais goût dans notre société de surconsommation.
Farr s’attarde sur les caractéristiques de trois vilains. D’abord le général Alcazar, un soldat picaresque, méfiant et fidèle, qui se comporte en homme de fer avec un tablier rose; tantôt maquisard, tantôt lanceur de poignards. Avec son uniforme d’opérette et ses emportements, il demeure la plus cinglante caricature de la démesure des dictatures du XXe siècle. Alcazar représente toute la fragilité des régimes totalitaires qui ont eu pour chef des Peron, des Castro, des Somoza, des Pinochet, des Duarte, des Noriega, des Ortega.... Müller est un autre vilain, plus sérieux, qui appartient à ces redoutables espions issus du climat d’angoisse et d’incertitude de l’entre-deux-guerres. C’est un méchant élégant aux identités multiples que l’on retrouve dans l’oeuvre de Jacques Martin et d’ Edgar P. Jacobs. Le principal ennemi de Tintin demeure Roberto Rastapopoulos, un richissime méchant qui corrompt comme il veut et qui il veut. Ce loup dans une peau d’agneau se présente au début comme un magnat du cinéma, se transforme en trafiquant de drogue, en vendeur d’armes illégales. Il apparaît et disparaît comme bon lui semble, il est insaisissable et renaît de ses cendres comme un phénix. Lui aussi n’est qu’une caricature avec son crâne chauve souvent couvert de bosses, ses vêtements d’un goût douteux et ses crises de colère à répétition.
Il faut reconnaître que tout le contenu du livre de Farr a déjà été traité dans les biographies et les nombreuses études parues. Nous avons entre les mains un excellent livre synthèse qui reprend avec passion ce que l’on a déjà dit. Le seul élément nouveau et qui mérite une attention particulière, c’est le soin impeccable apporté aux illustrations et aux photos, parfois inédites. La mise en page, d’une qualité remarquable, permet une lecture au plaisir indéniable, mais qui s’adresse surtout à une nouvelle génération de tintinophiles. Ce livre se distingue comme un compagnon idéal et un guide fiable pour découvrir et relire éventuellement les albums, afin d’en apprécier l’originalité créative, la force imaginaire et la profondeur psychologique des principaux personnages d’Hergé.
Richard Langlois
langlori@interlinx.qc.ca
Nous somme toujours en bonne compagnie avec Michael Farr, confrère et complice du reporter Tintin, tous les deux journalistes. En tant qu’écrivain et traducteur, il a consacré quelques livres à Hergé qu’il a rencontré à Bruxelles. Après l’ouvrage paru en 2001, TINTIN,
LE RÊVE ET LA RÉALITÉ, qui affermit le succès du plus célèbre héros de notre temps, il récidive en s’attardant sur douze des personnages les plus marquants et les plus expressifs de la famille de papier d’Hergé. Il met vraiment en lumière les satellites qui font briller le héros solaire que représente Tintin.Farr nous signale avec justesse que cent ans avant qu’Hergé imagine son univers, Balzac avec sa Comédie humaine, réalisa l’importance de créer des personnages récurrents, donnant de la cohérence et de la continuité à son oeuvre, tout en maintenant l’intérêt des lecteurs. En plus des protagonistes habituels, Hergé développa un nombre record de personnages familiers et inoubliables, d’Abdallha à Zorrino. Tintin, le héros et la vedette de la série qui porte son nom, ouvre le parcours analytique. On revoit avec un sincère intérêt les grandes qualités de notre héros sans famille et sans âge. Farr s’attarde méthodiquement sur les influences littéraires, graphiques et celles venant de l’entourage immédiat d’Hergé; en particulier sur le rôle de son frère cadet, Paul Remi. Journaliste d’investigation, Tintin se transforme vite en détective. Comme Sherlock Holmes qui affronte Moriarty, il trouvera son ennemi juré avec Rastapopoulos. Plusieurs exemples nous montrent comment Tintin résume la mémoire historique et sociale du XXe siècle.
Son fidèle compagnon des premiers jours, Milou, a lui aussi connu des sources d’inspirations personnelles pour devenir une vedette à part entière avec ses qualités et ses défauts. Le capitaine Haddock, avec son sale caractère viendra remplacer le rôle de faire-valoir et de confident que jouait Milou pour Tintin. Haddock est attachant à plusieurs égards, entre autres comme poète de l’invective; c’est le Prévert du 9e art. Quinze ans après le début des aventures, Tournesol, le savant visionnaire, distrait et avec une surdité sélective fait son apparition. Cet inventeur passionné de radiesthésie,inspiré de l’éminent savant suisse Auguste Picard, complétera l’indissociable trio des principaux protagonistes.
Les Dupondt, à titre de second rôle sont présents dans vingt des albums, alors que Haddock ne figure que dans seize albums. Excessivement naïfs, maladroits et remplis d’eux-mêmes, ces derniers nous offrent un comique de situation basé sur la mécanique du rire et digne des plus grands classiques du cinéma muet. La seule femme à tenir la vedette dans cet univers masculin sera Bianca Castafiore, une diva que l’on compare avec d’autres divas très connues, telle Maria Callas. Certains personnages vont changer à tout jamais la réalité et la fiction; l’exemple le plus frappant et le plus touchant est celui de Tchang Tchong-Jen. Il fut une source intarissable pour la documentation du LOTUS BLEU et devenir par la suite un ami précieux, sans lequel Hergé n’aurait pas développé avec autant de force sa ligne claire, ni approfondi sa recherche intérieure grâce au taoïsme et ni étoffé le thème de l’amitié sans frontière.
D’autres personnages, plus secondaires, tel le garnement insolent et incorrigible du nom d’Abdallha ont joué un rôle insoupçonné. Pour donner vie à cet enfant espiègle, Hergé a réuni une impressionnante documentation sur le monde arabe. Avec l’apparition du casse-pieds rondouillard Séraphin Lampion dans L’AFFAIRE TOURNESOL, Hergé pousse à l’extrême le comportement d’un prototype du mauvais goût dans notre société de surconsommation.
Farr s’attarde sur les caractéristiques de trois vilains. D’abord le général Alcazar, un soldat picaresque, méfiant et fidèle, qui se comporte en homme de fer avec un tablier rose; tantôt maquisard, tantôt lanceur de poignards. Avec son uniforme d’opérette et ses emportements, il demeure la plus cinglante caricature de la démesure des dictatures du XXe siècle. Alcazar représente toute la fragilité des régimes totalitaires qui ont eu pour chef des Peron, des Castro, des Somoza, des Pinochet, des Duarte, des Noriega, des Ortega.... Müller est un autre vilain, plus sérieux, qui appartient à ces redoutables espions issus du climat d’angoisse et d’incertitude de l’entre-deux-guerres. C’est un méchant élégant aux identités multiples que l’on retrouve dans l’oeuvre de Jacques Martin et d’ Edgar P. Jacobs. Le principal ennemi de Tintin demeure Roberto Rastapopoulos, un richissime méchant qui corrompt comme il veut et qui il veut. Ce loup dans une peau d’agneau se présente au début comme un magnat du cinéma, se transforme en trafiquant de drogue, en vendeur d’armes illégales. Il apparaît et disparaît comme bon lui semble, il est insaisissable et renaît de ses cendres comme un phénix. Lui aussi n’est qu’une caricature avec son crâne chauve souvent couvert de bosses, ses vêtements d’un goût douteux et ses crises de colère à répétition.
Il faut reconnaître que tout le contenu du livre de Farr a déjà été traité dans les biographies et les nombreuses études parues. Nous avons entre les mains un excellent livre synthèse qui reprend avec passion ce que l’on a déjà dit. Le seul élément nouveau et qui mérite une attention particulière, c’est le soin impeccable apporté aux illustrations et aux photos, parfois inédites. La mise en page, d’une qualité remarquable, permet une lecture au plaisir indéniable, mais qui s’adresse surtout à une nouvelle génération de tintinophiles. Ce livre se distingue comme un compagnon idéal et un guide fiable pour découvrir et relire éventuellement les albums, afin d’en apprécier l’originalité créative, la force imaginaire et la profondeur psychologique des principaux personnages d’Hergé.
Richard Langlois
langlori@interlinx.qc.ca
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