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À la recherche du trésor de Rackham Le Rouge
Par tintinmilou77, le 16/12/2007
Voici la dernière lecture de notre ami Richard Langlois, qui vient nous donner son avis sur l'ouvrage "Hergé, À la recherche du trésor de Rackham Le Rouge", paru aux éditions Moulinsart il y a peu. Une fois encore, Planète Tintin le remercie.
Depuis l’apparition en 2006 des VRAIS SECRETS DE LA LICORNE, commentés et analysés par les mêmes spécialistes du présent ouvrage, Daniel Couvreur et Frédéric Soumois, c’est le public enthousiaste qui a réclamé impatiemment la suite. La maison Moulinsart publie cet autre livre événement pour rendre hommage au centenaire de la naissance d’Hergé. Le vrai trésor de cet ouvrage consacré à RACKAM LE ROUGE, c’est de retrouver ce récit dans sa version intégrale en noir et blanc parue en 1943 dans Le Soir volé, journal contrôlé à l’époque par l’envahisseur allemand.
Dans un petit format à l’italienne, nous découvrons comment Hergé a réorganisé les 183 bandes originales pour la version en couleur de l’album Casterman paru en 1944. Tout l’art d’Hergé, qui était à son apogée à l’époque, se retrouve dans le choix des cases retenues, dans les décors retouchés, les dialogues remaniés, la syntaxe et le vocabulaire enrichis. Le hublot dans la cabine de Tintin sera enlevé pour mieux mettre en valeur les effets sonores. On remplace « trésor englouti » par le seul mot de « trésor », pour mieux anticiper sa découverte dans les caves de Moulinsart. Le laboratoire de Tournesols sera agrandi et complété. C’est dans cet épisode de RACKAM LE ROUGE que nous apprenons que le château de français de Cheverny fut donné en cadeau à Haddock par Tryphon Tournesol, un nouveau personnage qui enrichira avec force l’oeuvre d’Hergé. La nouvelle présence du poète savant , un peu burlesque, procurera des moments inoubliables pour étoffer les autres scénarios à venir, en fournissant de nouveaux gags et en étoffant la relation psychologiques entre les autres personnages.
En plus de s’attarder méthodiquement sur les ponctuations améliorées, les dialogues raccourcis, les lettres remaniées, on prend soin de nous signaler les moindres changements dans les décors. Dans le passage du récit en feuilleton propre au journal à l’album de 62 pages, les contraintes, les corrections et les ajouts nous donnent toute la mesure d’un raconteur de génie à qui rien n’échappe. Même la tonalité d’une sonnerie sera réécrite dans une onomatopée plus simple et plus juste. Le grand souci de perfection graphique se retrouve dans la recomposition des idéogrammes pour exprimer la peur, la chaleur, la douleur. La typographie sera uniformisée pour laisser davantage respirer le dessin des personnages. Ce livre est une véritable recherche microscopique qui dévoile comment Hergé maîtrisait l’art du montage comme aboutissement ultime à la mise en page.
Hergé nous plonge dans un récit d’évasion totale, comme le furent tous les autres récits avec des thèmes nautiques communs, publiés durant l’Occupation. C’était un moyen pour échapper à la censure, mais aussi une occasion rêvée pour lancer ses héros dans des aventures remplies de magie et d’énigmes captivantes. Nous entrons dans un récit exceptionnel, sans méchant, qui se fond sur la cristallisation d’une famille autour de Tintin, tout en voguant sur une mer bleue pour atteindre une île qui ne figure sur aucune carte. Avec la LICORNE, on a fait un voyage dans le temps pour retrouver l’ancêtre de Haddock, ici, nous fuyons dans un espace utopique et évoluons dans un havre de paix, au moment où une guerre affecte le monde réel. Le vrai trésor, après avoir parcouru vainement le vaste monde à sa recherche, se trouve à l’intérieur de Moulinsart. Comme quoi, il est inutile de chercher le bonheur ailleurs, alors qu’il est en soi. Cette Quête sera complétée en sept mois au rythme d’un strip par jour ; une belle occasion de voir comment Hergé possédait une concision narrative exemplaire et comment il a poussé la ligne claire dans sa plus grande expressivité.
Comme dans son excellent ouvrage DOSSIER TINTIN, Soumois nous fournit les sources d’inspiration sur l’origine des noms des personnages, de même que les références visuelles ayant servi à Hergé, avec des photos à l’appui. Il s’attarde sur l’image des bateaux, en particulier sur la nouvelle vision du Sirius inspiré d’un chalutier d’Ostende datant de 1936. Il nous signale qu’une deuxième maquette du bateau , réalisée en 1952, est conservée aux Studios Hergé. On nous explique pourquoi il est préférable de chiquer au lieu de fumer le tabac, à bord d’un bateau. C’est en lisant cet album à l’âge de sept ans, que Fabien Cousteau a eu l’idée de construire son submersible d’observation océanographique en forme de squale, pour observer les requins dans la mer des Caraïbes. Son grand-père, le célèbre commandant, ambitionnait lui aussi de construire le sous-marin de Tournesol en 1957.
Les analyses les plus intéressantes se rapportent aux nombreuses cases devenues mythiques par leurs richesses poétiques et symboliques. Comment oublier la rencontre de Tintin avec l’épave de La Licorne dans un décor sous-marin sublime, l’arrivée silencieuse à Moulinsart, la visite de la crypte du château, les signes théologiques et alchimiques qui ornent la statue de saint Jean l’Évangéliste et enfin, la merveilleuse découverte des trésors antiques, précolombiens, médiévaux qui occupent le sous-sol. Rien n’a échappé au regard inquisiteur des deux spécialistes, Couvreur et Soumois, pour nous fournir un ouvrage indispensable afin d’enrichir nos connaissances sur l’oeuvre d’Hergé. La rigueur de leurs analyses et la pertinence de leurs explications deviennent de véritables joyaux pour lire en parallèle la version en noire et blanc et celle mise en couleur pour un album doté d’une force onirique inégalée.
Richard Langlois
Depuis l’apparition en 2006 des VRAIS SECRETS DE LA LICORNE, commentés et analysés par les mêmes spécialistes du présent ouvrage, Daniel Couvreur et Frédéric Soumois, c’est le public enthousiaste qui a réclamé impatiemment la suite. La maison Moulinsart publie cet autre livre événement pour rendre hommage au centenaire de la naissance d’Hergé. Le vrai trésor de cet ouvrage consacré à RACKAM LE ROUGE, c’est de retrouver ce récit dans sa version intégrale en noir et blanc parue en 1943 dans Le Soir volé, journal contrôlé à l’époque par l’envahisseur allemand.
Dans un petit format à l’italienne, nous découvrons comment Hergé a réorganisé les 183 bandes originales pour la version en couleur de l’album Casterman paru en 1944. Tout l’art d’Hergé, qui était à son apogée à l’époque, se retrouve dans le choix des cases retenues, dans les décors retouchés, les dialogues remaniés, la syntaxe et le vocabulaire enrichis. Le hublot dans la cabine de Tintin sera enlevé pour mieux mettre en valeur les effets sonores. On remplace « trésor englouti » par le seul mot de « trésor », pour mieux anticiper sa découverte dans les caves de Moulinsart. Le laboratoire de Tournesols sera agrandi et complété. C’est dans cet épisode de RACKAM LE ROUGE que nous apprenons que le château de français de Cheverny fut donné en cadeau à Haddock par Tryphon Tournesol, un nouveau personnage qui enrichira avec force l’oeuvre d’Hergé. La nouvelle présence du poète savant , un peu burlesque, procurera des moments inoubliables pour étoffer les autres scénarios à venir, en fournissant de nouveaux gags et en étoffant la relation psychologiques entre les autres personnages.
En plus de s’attarder méthodiquement sur les ponctuations améliorées, les dialogues raccourcis, les lettres remaniées, on prend soin de nous signaler les moindres changements dans les décors. Dans le passage du récit en feuilleton propre au journal à l’album de 62 pages, les contraintes, les corrections et les ajouts nous donnent toute la mesure d’un raconteur de génie à qui rien n’échappe. Même la tonalité d’une sonnerie sera réécrite dans une onomatopée plus simple et plus juste. Le grand souci de perfection graphique se retrouve dans la recomposition des idéogrammes pour exprimer la peur, la chaleur, la douleur. La typographie sera uniformisée pour laisser davantage respirer le dessin des personnages. Ce livre est une véritable recherche microscopique qui dévoile comment Hergé maîtrisait l’art du montage comme aboutissement ultime à la mise en page.
Hergé nous plonge dans un récit d’évasion totale, comme le furent tous les autres récits avec des thèmes nautiques communs, publiés durant l’Occupation. C’était un moyen pour échapper à la censure, mais aussi une occasion rêvée pour lancer ses héros dans des aventures remplies de magie et d’énigmes captivantes. Nous entrons dans un récit exceptionnel, sans méchant, qui se fond sur la cristallisation d’une famille autour de Tintin, tout en voguant sur une mer bleue pour atteindre une île qui ne figure sur aucune carte. Avec la LICORNE, on a fait un voyage dans le temps pour retrouver l’ancêtre de Haddock, ici, nous fuyons dans un espace utopique et évoluons dans un havre de paix, au moment où une guerre affecte le monde réel. Le vrai trésor, après avoir parcouru vainement le vaste monde à sa recherche, se trouve à l’intérieur de Moulinsart. Comme quoi, il est inutile de chercher le bonheur ailleurs, alors qu’il est en soi. Cette Quête sera complétée en sept mois au rythme d’un strip par jour ; une belle occasion de voir comment Hergé possédait une concision narrative exemplaire et comment il a poussé la ligne claire dans sa plus grande expressivité.
Comme dans son excellent ouvrage DOSSIER TINTIN, Soumois nous fournit les sources d’inspiration sur l’origine des noms des personnages, de même que les références visuelles ayant servi à Hergé, avec des photos à l’appui. Il s’attarde sur l’image des bateaux, en particulier sur la nouvelle vision du Sirius inspiré d’un chalutier d’Ostende datant de 1936. Il nous signale qu’une deuxième maquette du bateau , réalisée en 1952, est conservée aux Studios Hergé. On nous explique pourquoi il est préférable de chiquer au lieu de fumer le tabac, à bord d’un bateau. C’est en lisant cet album à l’âge de sept ans, que Fabien Cousteau a eu l’idée de construire son submersible d’observation océanographique en forme de squale, pour observer les requins dans la mer des Caraïbes. Son grand-père, le célèbre commandant, ambitionnait lui aussi de construire le sous-marin de Tournesol en 1957.
Les analyses les plus intéressantes se rapportent aux nombreuses cases devenues mythiques par leurs richesses poétiques et symboliques. Comment oublier la rencontre de Tintin avec l’épave de La Licorne dans un décor sous-marin sublime, l’arrivée silencieuse à Moulinsart, la visite de la crypte du château, les signes théologiques et alchimiques qui ornent la statue de saint Jean l’Évangéliste et enfin, la merveilleuse découverte des trésors antiques, précolombiens, médiévaux qui occupent le sous-sol. Rien n’a échappé au regard inquisiteur des deux spécialistes, Couvreur et Soumois, pour nous fournir un ouvrage indispensable afin d’enrichir nos connaissances sur l’oeuvre d’Hergé. La rigueur de leurs analyses et la pertinence de leurs explications deviennent de véritables joyaux pour lire en parallèle la version en noire et blanc et celle mise en couleur pour un album doté d’une force onirique inégalée.
Richard Langlois
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